Lorsque les touristes étrangers en quête de nouveauté et d'authenticité, poussent la porte de Sita pour découvrir nos enseignements, désireux de s'imprégner de la culture indienne, la plupart d'entre eux restent stupéfaits après l'énonciation de notre programme d'activités : intrigués par ce cours d'art martial qui semble à première écoute imprononçable: le kalaripayatt.

Cours de Kalaripayat au Centre Culturel SitaCette pratique ancestrale est pourtant la doyenne des arts martiaux et a inspiré nombre de disciplines allant de certains styles de boxe au Karaté. S'inspirant de certaines postures de yoga et jouant sur l'appropriation et l'imitation de comportements animaliers, le Kalaripayatt puise ses origines historiques dans l'art de la guerre antique de l'Inde (Dhanurveda) et la médecine traditionnelle indienne (Ayurveda). La discipline est née dans le Kerala, état situé dans la partie ouest de la pointe sud de l'Inde : région où elle se pratique encore majoritairement, même s'il existe quelques écoles dans le Tamil Nadu et le Karnataka. Toutefois, le kalaripayat s'est progressivement instauré au fil des siècles comme symbole de l'identité et du savoir-faire Kéralais et demeure profondément lié à cette région. Selon la légende, le dieu Parasurama, avatar de Vishnu, aurait donné ses lettres de noblesse au Kalaripayat en l'enseignant à vingt-et-un gourous dans le but de protéger son peuple et veiller à son évolution.

Il est possible de dater avec approximation les premières apparitions de cette pratique martiale dans le sud de l'Inde dès le IVème siècle après JC, grâce à des sculptures votives s'inspirant de la gestuelle du Kalaripayatt. Toutefois, ce dernier évoluera constamment jusqu'aux XIIIème et XIVème siècles pour finalement se définir précisément, et enfin prendre la forme qu'on lui connaît actuellement.

L'unicité du kalarypayatt réside avant tout dans le fait qu'il regroupe en son sein une parfaite combinaison de disciplines allant de l'attaque à la guérison,en passant par la défense. Plus précisément il s'agit donc de la maîtrise de techniques offensives et défensives à mains nues, de l'usage de l'épée, du bâton, de couteaux et de lances ainsi qu'une approche et une connaissance des soins liés à l'Ayurvéda. La richesse du programme du Kalaripayatt lui a permis de s'ériger en véritable source d'inspiration pour nombre de disciplines dont il est désormais l'ancêtre : la boxe Shaolin, le Kung Fu et le Karaté en sont les exemples les plus connus.

Deux hommes pratiquant le Kalaripayat sur une plageEn malayalam, « kalari » signifie le lieu, l'arène, l'espace de dialogue, et « payatt » est issu de payattuka « s'exercer intensément ». Ainsi, le kalaripayat se veut être une activité physique promouvant dialogue et harmonie avec l'environnement qui a accompagné sa naissance et son évolution. Cette attention particulière accordée au monde qui l'entoure, n'est cependant pas le seul fondement de la notoriété du Kalaripayat. Celle-ci réside également dans les vertus qui lui sont associées. La pratique assidue de cet art martial permet en effet de prodiguer discipline, patience et humilité à celui qui s'y adonne. Effectivement, le Kalaripayat est un art martial qui possède, comme beaucoup d'autres disciplines orientales, une composante spirituelle : à la fois l'esprit et le corps en ressortent fortifiés et développés. Le processus de tonification des muscles participe en effet au développement de l'énergie interne, et ses répercussions sont visibles à la fois sur le corps et sur l'esprit. En ce sens, cet art est considéré comme holistique puisqu'il touche à la globalité de l'être, selon Ariane Jauniaux dans son article : Kalaripayatt : art martial paléo. Aussi vise-t-il des développements concernant aussi bien le physique, le mental que l'aspect émotionnel et il se présente donc sous différents aspects. Le Kalaripayatt peut s'apparenter à une chorégraphie martiale dansée visant à développer la concentration, l'équilibre et la souplesse en combinant tout un panel de techniques et de savoir-faire. L'auto-défense à mains nues, la connaissance des points vitaux, les techniques de respiration yogique, ainsi que la maîtrise d'armes en bois ou en métal selon l'avancement de l'apprentissage, constituent les piliers de la pratique du kalaripayatt.

De plus, comme précisé auparavant, ce n'est pas simplement cette combinaison unique de disciplines et de connaissances qui distingue le kalaripayatt des autres arts martiaux, mais principalement l'approche ayurvédique comprenant des massages destinés à préparer le corps au combat et à l'entraînement et dont la vocation est également de panser et soigner les blessures qui en découlent.
Tonicité et agilité sont les objectifs corporels que vise le kalaripayatt. Pour les atteindre, il existe des nuances dans la pratique de cet art martial issu de traditions d'origines dravidiennes et sanskrit, qui sont désormais réparties en trois écoles distinctes : le style du Nord (côte de Malabar), le style du Sud, plus proche de la tradition tamoule qui autrefois portait le nom « Varma Ati » qui signifie littéralement « attaque des points vitaux », ainsi qu'un style propre au centre de l'Inde influencé par les deux précédents.

Jeunes étudiants dans une école de Kalari dans le Kérala en 1905Le kalaripayatt, même s'il est toujours activement pratiqué et enseigné dans le Kerala et ses environs, a pourtant précédemment joui d'une popularité qui était autrement plus considérable. En effet, lors de l'arrivée des colons anglais et autres missionnaires en Inde, l'introduction des armes à feu a brutalement entraîné la tombée en désuétude du Kalaripayat et du combat à mains nues. Face à la modernité de ce matériel de combat, c'est non seulement l'utilité du kalaripayat qui s'est retrouvée menacée, mais à partir de cet instant il fut interdit aux Nayars de pratiquer cet art martial qui devait alors composer avec son nouveau statut de clandestin. Ainsi, ce sont de nombreuses familles Nayars (la caste guerrière où la pratique du kalaripayatt était profondément ancrée dans les traditions) qui vont officiellement devoir mettre un terme à leur entraînement, afin d'éradiquer toute menace de rébellion face au pouvoir colonial instauré par l'empire britannique.

L'age d'or du Kalaripayatt

L'âge d'or du Kalaripayatt, que les historiens situent principalement entre les XIIIème et XVIIème siècles, dans le Kerala, doit en effet une grande partie de son prestige à la caste des Nayars qui conférerait à cet art martial un rôle quasi institutionnel. Au XIIème siècle, les Nayars se sont vus attribuer le droit exclusif de la pratique de l'entrainement guerrier et du maniement des armes. Ils s'entrainaient depuis l'enfance afin de maintenir l'ordre public et pouvoir être habilités à mettre un terme aux conflits entre royaumes par des duels. Après l'interdiction de pratiquer les arts martiaux promulguée par l'empire britannique, un enseignement clandestin a donc perduré laborieusement jusqu'en 1947, quand les centres de formation ont proclamé leur réouverture après la déclaration d'indépendance.

Aujourd'hui, l'enseignement du Kalaripayatt a retrouvé une partie de sa vigueur d'antan : à ce jour on dénombre plus de 500 écoles de formation dans le Kerala, et son apprentissage est ouvert aux membres de toutes castes et religions. Selon les préférences du maître qui l'enseigne l'accent peut être mis soit sur la manipulation des armes de combat, les techniques de défenses à mains nues ou encore l'aspect curatif de la discipline. Quoi qu'il en soit, le kalaripayat est de moins en moins considéré et appréhendé comme un art ancestral guerrier, mais est plutôt utilisé comme une méthode de « contrôle de soi et d'accomplissement personnel » comme le précise Ariane Jauniaux dans son article le Kalaripayatt : art martial paléo. Pourtant, malgré la notoriété de son statut de doyen des arts martiaux, il pâtit de son image de discipline traditionnelle et se retrouve, hélas, de plus en plus délaissé par les jeunes indiens au profit du karaté et du kung-fu.

Si vous souhaitez percer les mystères de cette discipline ancestrale et découvrir la manière dont elle est appréhendée aujourd'hui, rejoignez notre cours de Kalaripayatt le jeudi soir !

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